Témoignage de Pauline

Sept semaines se sont écoulées depuis que j’ai rejoint l’équipe de l’orphelinat de Sanor et je pressens déjà que les mots me manqueront pour exprimer l’immense plaisir que j’ai, chaque jour, de pouvoir participer à cette magnifique réalisation de M. Paul Miampo et des siens.

Pénétrer dans cet univers et tenter d’en comprendre toutes les subtilités…Quelle aventure bouleversante!

Dès les premiers instants, je suis restée ébahie et admirative devant le travail consciencieux des nourrices, buandières, femmes de ménage et gardiens ainsi que celui de la directrice et du coordinateur sur place. Ces constantes préoccupations du bien-être des enfants, de leur hygiène et l’atmosphère de propreté contrastent avec l’habituelle consternation d’un paysage trop souvent encombré de saletés, de déchets et de poussières de sable…

A Sanor, le carrelage brille, tout est impeccablement coordonné et soigné! Je relève ce point, car pour avoir visité d’autres structures similaires, la différence est de taille.

Observer, percer les mystères, oser des gestes d’aide, admirer et s’attacher indéniablement aux enfants, essayer de capter le mooré malgré les incompréhensions du dialecte, échanger des sourires avec les enfants…tels ont été mes premiers pas dans ce monde éblouissant. Cette liste de verbes qualifie non exhaustivement mes débuts à Sanor où les journées filent si vite!

Nous voici déjà fin avril et j’arrive gentiment à la moitié de mon parcours…

que le temps semble s’accélérer et pourtant les journées commencent très tôt. Lors des nuits de garde, nous nous levons à 4h30 et nous profitons des moments magiques de l’aube en baignant les petits. Chaque instant, chaque sourire…chaque regard est unique et précieux. Tout est à découvrir, ces enfants font surgir l’inattendu et ensemble, nous conjuguons intuition et imagination par des chansons, des rires, des jeux, des mimiques, des cris…les émotions sont libérées et parfois, devant leur progrès accomplis, leurs capacités de réaction, je reste sans voix.

Les visites des proches ou l’arrivée d’un nouvel orphelin sont des instants qui resteront ancrés en moi pour toujours. C’est seulement à ces moments précis que l’on réalise plus concrètement l’absence, le manque de la mère. Cette maman disparue, qu’ils ne connaîtront jamais et qui, malgré tout, est présente dans leur premier mot, ce mot universel et originel «Mam, Maman!». Nous les sentons tous en quête d’amour, de protection et de reconnaissance. Un père qui porte son enfant sur ses genoux, un oncle amenant sa petite nièce juste quelques heures après le décès de sa maman…et je ne peux difficilement retenir mes larmes devant ce chagrin qui m’envahit.

Ces femmes, si jeunes, laissent derrière elles un grand foyer amputé de son âme et qui, dans leur don de la vie, s’en vont pour toujours. Ici, la vie semble souvent injuste, mais en même temps si belle. On la vit jusqu’à ses recoins les plus profonds, on vibre pour elle, on s’y accroche tellement!

Pas à pas, on prend de l’assurance, des initiatives, on aimerait tant apporter sa maigre contribution, sa «goutte d’eau» dans cet océan de partage, de fraternité, de solidarité et riche en complicité avec mes collègues. Après parfois quelques moments de blues, la vie redevient lumineuse grâce à l’énergie des enfants et des nourrices. L’enseignement que je reçois ici est si grand par rapport à l’aide apportée. L’espoir d’un monde nouveau et meilleur «BEOGO NERE», un avenir serein, c’est ce qu’offre réellement la Brique!

Cette base solide est nécessaire pour créer la génération de demain, leur apporter de la confiance en eux. Ces quelques phrases pour faire part des impressionnants efforts fournis par le personnel de Sanor; tous ont le même but: le développement, le bien-être et l’éveil harmonieux de ces petits trésors dans les deux premières années de vie si importantes.

Ces enfants sauront, bien que toujours orphelins, garder l’amour, l’attention et les soins reçus à Sanor par leurs petites mamans.

Mes débuts au Burkina Faso m’ont confirmé mon souhait fondamental d’aimer l’Afrique

et non pas de croire ou rêver avoir l’envie de l’aimer. Simplicité et profondeur, sans sophistication et exagération, ici tout est vrai et je suis sur le chemin, encore long de ce que je pense être venue chercher ici: toucher l’humain et chercher tout doucement et sans fin le sens de l’existence.

Je remercie vivement Paul et Myriam Miampo, Manu ma marraine, sans qui je n’aurais jamais vécu cette belle expérience, Gustavo, Véronique Jacquérioz, Maurane Jacquérioz et Cindy Vaudan, Félix et Kaïtou et leurs filles Oxanne et Dina, Pierre, la directrice de Sanor Madame Palogo, le coordinateur Isaïe Sanon, Kammidini et Colette et leurs filles Yvette et Bienvenue, Maï, toutes les nourrices de Sanor: Hélène, Bintou, Véro, Awa, Emma, Lucienne, Mariam et sa fille Wendlasida, Braguissa, Rose; les buandières Madeleine, Rasmata et Marie-Thérèse, la femme de ménage Bernadette, les gardiens Alfonse et Moussa, mes amis Monia, Charles, Placide et leur famille, Pedro et sa famille, Lucie, Nadia, Baly et tout le QG du quartier de Songtaaba un très grand merci pour leur accueil et le bel exemple de vie qu’ils m’ont tous donné.

A tous les enfants de Sanor, je vous souhaite une longue vie et que Dieu vous garde!

Pensées spéciales pour ma famille, mon amour Damien et sa famille, mon papa Blaise, ma maman Marie, mes sœurs Isabelle, Carole et Valentine, mon frère Guérin, mon grand-papa André, mes grands-mamans Jacqueline et Elisabeth, ma tante et marraine Françoise, mes oncles et tantes, cousins et cousines, mes plus chères amies Lorraine, Emilie, Sophie et Céline et tous mes amis, tous ceux que j’aime, merci à vous pour votre soutien!

Pauline